castellane

Marseille, alors qu’il voulait restituer un ouvrage dans la bibliothèque la plus proche de chez lui, un jeune homme ne parvient pas à trouver l’endroit où se trouve le bâtiment. En tout et pour tout, la recherche va durer pas moins de 2 mois et 26 jours, un véritable cauchemar. Reportage.

 « Je n’ai pas paniqué plus que ça au début »

 Amaigri, les traits tirés, les cheveux gras, Guillaume sort tout juste de ce qu’on pourrait appeler un très mauvais rêve. Le 4 janvier dernier, le jeune homme de 33 ans venait de finir le livre « la Fabrique du monstre » de Philippe Pujol, emprunté quelques semaines plus tôt à la fameuse bibliothèque marseillaise d’Alcazar. « Je venais de le finir, mais j’étais déjà en retard et en plus je l’avais déjà prolongé, j’avais entendu parler de la bibliothèque de Castellane, comme c’est plus proche de chez moi, j’ai voulu aller restituer l’ouvrage là-bas pour ne pas perdre plus de temps » nous glisse l’intéressé, visiblement éreinté.

 Oui mais seulement, une fois arrivé sur place, il ne trouve pas l’entrée de la bibliothèque. « J’avais regardé sur une map juste avant de partir de chez moi, le point était situé très près de la place Castellane, je n’ai pas paniqué plus que ça au début ». Bien qu’il trouve cela bizarre, il ne se démonte pas et poursuit ses recherches. En fin d’après-midi, il décide quand même de sortir son téléphone. « Une fois le mode GPS enclenché, je me suis mis pile sur le point qu’il indiquait, mais rien. Pas la moindre trace du bâtiment, l’odeur d’un livre, et encore moins le joli sourire d’une bibliothécaire. Juste le bruit des bus et des klaxons, puis le mistral très froid qui s’engouffrait dans mon cou. Là, j’ai commencé à m’inquiéter un peu, j’avoue ».

 Une illumination

 La nuit tombe mais Guillaume ne se laisse toujours pas abattre, il n’abandonnera pas. « J’ai passé toute ma vie à fuir mes responsabilités, pas cette fois » confie-t-il, tout en essayant de se réchauffer avec une camomille. Bien décidé à poursuivre ses recherches, le jeune homme concède avoir passé le mois de janvier et une bonne partie du mois de février entre la place Castellane et le rond-point du Prado. Jusqu’au Stade Vélodrome même, les soirs de match.

Il se fait rapidement à son nouvel environnement. Il se nourrit de ce qu’il trouve ici et là, « les gens gâchent tellement », il fait des rencontres avec qui il partage son quotidien. Parfois, ses colocataires viennent lui rendre visite, discuter, lui donner un peu de pain. Et puis, pour l’hygiène, il se lave dans l’Huveaune « un peu froid à cette période ».

 Et puis, un jour, ce 22 mars 2018, il y eut comme une illumination, un message envoyé de plus haut. « Vous savez, quand on est si investi dans une quête, on en oublie même parfois ce que l’on cherche ». Ce jour-là, il fait très froid (il avait neigé la veille, ndlr), et Guillaume ne recherche plus qu’un endroit pour se réchauffer. Un rayon de soleil semble se distinguer et éclaire la station de métro Castellane. « Je m’y suis dirigé naturellement, je me suis dit qu’il ferait meilleur dedans ». Une fois descendu l’escalator, c’est la stupeur, il aperçoit écrit en face de lui ‘Bibliothèque Municipale de Castellane’, là, ici, dans la station de métro. Il court alors chercher son livre là où il s’était installé près du cinéma Le Prado. «  J’en ai eu pour 547€ de pénalité de retard, mais ça valait le coup. Si des jeunes entendent mon histoire, j’espère qu’ils comprendront l’importance de ne jamais abandonner, de ne rien lâcher » conclue-t-il avant de repartir en sautillant vers la rue de Lodi.

 Contactés à leur tour, la direction de la bibliothèque n’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet, craignant à coup sûr un pic de fréquentation si l’histoire venait à faire du bruit, et ainsi révéler aux marseillais l’implantation de la mystérieuse bibliothèque de Castellane.

 La Rédaction