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A la fois discret et encombrant, le renard est depuis longtemps le meilleur ennemi de l’homme, qui n’a jamais réussi ni à le domestiquer, ni à s’en débarrasser. Aujourd’hui, après de longues semaines de traques, et seulement quelques jours après une énième attaque de poule, Foxy a accepté de nous répondre. Il nous donne rendez-vous dans un bois bien à l’abri des regards. Comme la température extérieure, la poignée de main est assez froide, mais nous y sommes. Sans langue de bois mais avec toute la ruse qu’on lui connait, Foxy livre un entretien exclusif à Actu-Étudiant.

 Bonjour Foxy, tout d’abord, pourquoi avoir si longtemps hésité à nous recevoir, pour finalement accepter ?

 Vous savez, c’est une période compliquée pour nous, renards. Et puis, avec les accusations qui planent sur moi, ce n’était pas évident d’accepter une interview tout de suite. Mais en même temps, il me semblait nécessaire d’avoir une discussion d’adulte à adulte sur la situation, de parler des solutions ensemble.

 Justement, allons droit au but, une famille n’a pas été épargné, avec la mort toute récente de leur quatrième poule, Gwendoline. Avez-vous quelque chose à voir avec tout ça ?

 Franchement, que voulez-vous que je réponde à ça ? Ce n’est vraiment pas l’idée que je me fais d’un média sérieux. Même si c’était moi, je ne pourrais pas vous le dire. De toute façon, c’est un détail, on ne s’attaque pas au vrai problème en posant cette question.

 Quel est le vrai problème selon vous ?

 Depuis toujours, on dit que le renard a colonisé les villes. Je crois que l’on prend le problème du mauvais sens. Vous êtes bien sympas, mais nous on a toujours été là, ce sont les humains qui ont colonisé les campagnes. L’explosion démographique fait que c’est vous qui débordez de plus en plus des villes, pas l’inverse. Maintenant, devant toujours moins de milieux sauvages, on doit bien aller chercher à manger là où il y en a. Il faut bien remplir le ventre de nos petits.

 Sans insinuer que c’était vous, ce qui a frappé sur ces dernières attaques de poules, c’est qu’elles ont eu lieu en pleine journée, là où on vous attend plus souvent au crépuscule ou la nuit. Que pensez-vous de ces pratiques ?

 Contrairement à ce que l’on croit souvent, le renard n’est pas un animal strictement nocturne. Même si c’est sûr que ça peut faciliter beaucoup d’attaques. Je crois surtout qu’il faut s’adapter, savoir user de toutes les ruses pour parvenir à nos fins. Si c’est en pleine journée que le coup est bon à jouer, alors il faut y aller ! (rires)

 Parmi les poules qui ont été abattus depuis le début de l’année, une poule semble résister encore et toujours à l’envahisseur… Chicky. Pensez-vous qu’elle a vraiment quelque chose de spécial ?

 (Il soupire). Oui, c’est certain, elle a quelque chose en plus. Déjà, elle est plus agile, plus rapide, mais c’est surtout le coup d’œil, elle voit tout une seconde avant tout le monde. Après, là où elle se démarque vraiment, c’est sur le courage. Elle sait gérer ses émotions dans les moments critiques, elle a la tête froide. Je crois que c’est du jamais vu pour une poule.

 Est-ce que vous faites de cette poule un objectif personnel ?

 (Il marque un temps). Je ne préfère pas communiquer sur la question.

 Enfin, on entend de plus en plus d’histoires d’humains qui apprivoisent un renard à la maison. On a même longtemps entendu une rumeur vous concernant…

 (Il nous coupe). Me concernant, c’est une pure invention, une chimère absolue, évidemment. Je suis complétement contre ce genre de pratique. Déjà, il faut savoir qu’en France, en vertu de l’Article R215-4 du code rural, la détention de renard est interdite. Et puis je n’y crois tout simplement pas. Jamais le dresseur le plus habile n’a réussi à monter un spectacle de cirque avec des renards. Les premiers mois passés avec un renardeau peuvent donner l’illusion que le miracle est possible, mais très vite, il ressentira l’appel du monde sauvage. Croyez-moi, cela en dit long sur l’irréductibilité de notre espèce dont la devise pourrait être : la liberté ou la mort.

 La Rédaction